Historique du massage chinois

Loin d’être de l’acupuncture au rabais, le vrai massage chinois est une stimulation du point d’acupuncture, sa pratique est enseignée en école de médecine en Chine et est utilisée en milieu hospitalier comme un moyen thérapeutique à part entière. En France, personnellement je l’ai pratiquée également  en milieu hospitalier pendant 15 ans et plus de 40 ans en libéral en tant que masseur kinésithérapeute avec un certain succès. Il est très apprécié par les patients.

Cet art combine une bonne connaissance des fondamentaux de la médecine traditionnelle chinoise ainsi que des techniques manuelles très variées.

Ce massage s’appelle An Mo, ce qui signifie apaiser en pressant avec la main, un autre terme désigne aussi le massage, c’est le Tuina, ce qui signifie saisir fermement avec la main et pousser avec la main. Il désigne également les manœuvres de mobilisation et tout le massage chinois en général. An indique la pression et Na, la friction, Tui, la poussée et Na, la prise.

 

Les origines datent du 5e siècle avant JC, ou l’étude du massage tient une grande place à cause de ses indications nombreuses car il peut soulager. On le retrouve dans le Nei-Jing

Et se développe chez les Taoïstes, puis s’insèrent dans l’ensemble des traditions Chinoises et des thérapies manuelles.

Le An Mo Kong attribué à Huangdi, le manuscrit a disparu, on pense qu’il date de l’an 300 avant JC.

Les 1e traces évoquent l’actuelle province du Henan où règne le roi Zhou Kong dans une grande plaine très humide propice aux pathologies rhumatismales. Les paysans ont alors recours aux massages et à la gymnastique, qui leur permettent de continuer leur travail dans les champs.

C’est ce qui importe dans la pensée Chinoise, placé entre le ciel et la terre en accord avec son environnement, l’homme doit vivre en accord avec son environnement, l’énergie vitale répond aux forces cosmiques. Le massage par son action circulatoire favorise une bonne circulation du Qi et l’événement les blocages.

Plusieurs médecins anonymes, élaborent la théorie des cinq éléments ainsi que le concept des méridiens associés aux organes et compilent les connaissances de l’époque dans le fameux Huang-Di Nei Jing Su Wen. Bian Que aurait ranimé un prince grâce à des massages et des manipulations. La 1ere partie du SuWen paraît à cette date et donne d’importantes précisions sur le massage.

Le premier Empereur Shi Huang (29-220 avant JC) fonde l’Empire unifié des Qin en 221 avant JC.

Il interdit les livres et s’entoure de sorciers et de magiciens, le massage n’évolue guère.

La société des Han orientaux (25-220 après JC) s’entoure par contre de savants praticiens, l’art de guérir se développe avec l’acupuncture et introduisent le massage et les exercices physiques, précisent l’action des 12 méridiens et leurs relations avec les organes et les viscères, Huang Fu Mi vers l’an 282 médecin dans la province de Gan Su, reprend les directives du Nei jing.

Ge Hong connu pour sa description de la variole écrit un traité sur le massage et la gymnastique médicale. Il prescrit des massages contre les gonflements, indique le pincement du Ren- Zhongshan pour réanimer au niveau de la gouttière nasale avec l’ongle. Il conseille les automassages à titre préventif.

On arrive à la période du règne des Sui (581-618)  et on assiste à une vraie transformation de la société. Le An Mo Jing est révisé par transmission orale, le texte ayant disparu. Qi Pai aurait divulgué 4 méthodes manuelles : An pression, Mo-friction, le Tui pousser, le Na prise complétées par 6 Pratiques: Ca frotter, Nian-tordre, le Dou-secouer, le Kun-rouler, Chan-enrouler ou lier et le Rou-assouplir.

Ces 10 techniques forment la base du massage chinois.

En 618 à 907 après JC sous les Rangs, les adeptes du Taoïsme et du bouddhisme imposent un massage populaire qui se différencie déjà du massage médical. Les enseignements de Qi N’ai permettent aux masseurs de se différencier des autres disciplines médicales ; les masseurs sont maintenant capables de reconnaître les maladies et de les soigner et entrent dans la confrérie de la médecine impériale.

Cette évolution entraîne une réorganisation de la médecine avec un grand maître de la médecine et un grand maître des massages. Le docteur grand maître de la médecine enseigne la materia médica, le Jia Ji jing , l’étude des pouls, les Su Wen, le Zhen Jing et le Min Tang.

Le docteur grand maître des massages, quand à lui, élargit les bases des applications de la massothérapie en y intégrant le Dao Yin et le Zhen Gu (réductions des fractures)

C’est aussi à ce moment que Sun Si Miao met en évidence les points Ah Shi, points douloureux.

Sous la dynastie des Ming, la médecine se développe, le An Mo est appliqué dans les techniques de Sudorification, vomification, élimination. Le massage connaît une grande diversification avec diverses écoles et de nouvelles manœuvres de massage. Permis les grands massopuncteurs de l’époque, on peut citer Gao wu qui remit à jour les indications du Su Wen et du Nan Jing (Classique des problèmes difficiles) vers 1546. Il traita la fièvre, les lombalgies, les rhumatismes et conseille massage digital des 7 jointures (vertèbres sacrées et coccygiennes.) contre la fièvre et la constipation.

On pratique le massage pour les enfants, dans le Xiao-er An-mo Jing (livre classique des enfants), l’auteur signale le massage des trois Yin (Tai Yin) pour stimuler l’énergie et le massage ascendant des trois articulations de l’index (Yangming) pour disperser la fièvre. Dans le Xiao-er Tuina Bi Zhi (Indications secrètes sur le massage des enfants) on trouve une liste complète de points à masser.

La place du massage dans la pratique médicale reste modeste mais figure dans les 13 disciplines fondamentales.

Sous la dynastie des Qing (1644-1911) le massage est incorporé à l’acupuncture et Yang Ji-Zhou, acupuncteur célèbre, consacre un chapitre entier dans son ouvrage Acupuncture et moxibustion au An-mo. Mais les Qing instaurent une censure sociale discriminatoire contre les acupuncteurs et les masseurs, dénuder un corps est interdit sauf pour masser les enfants.

1911-1982, c’est l’époque contemporaine, en Chine le Dr Sun Yat-sen met fin à un empire qui avait duré 2000 ans et la Chine nouvelle ne soutient plus la médecine traditionnelle, le massage traditionnel est confondu avec la masso kinésithérapie sauf dans les campagnes où les coutumes et la médecine traditionnelle persistent.

Les famines, les inondations, les épidémies qui débutent ensuite provoquent le rapprochement des deux médecines. L’armée rouge organise une base révolutionnaire pour lutter contre l’envahisseur Japonais dans les monts Jing-Kang et les massopuncteurs traditionalistes qui ont retrouvé leur place d’officiers de santé dans l’armée populaire suivent la longue marche en 1935.

Cette base d’appui du mont Jing-Kang relance l’attrait pour l’acupuncture, les massages et la physiothérapie. Après 1949 le président Mao tente de de réconcilier la médecine traditionnelle Chinoise et la médecine occidentale.

En 1957 Chen Yuan-Ren défend les cures thermales associées aux massages et explique l’intérêt des manœuvres manuelles… dès lors le massage reprend sa place parmi les autres disciplines médicales à l’hôpital du peuple de Guangzhou.

1949 à 1982 le massage traditionnel occupe une place importante dans l’organisation générale de la médecine et un service spécialisé de massothérapie est créé à Beijing en 1956.

Dès lors toutes les grandes cités de Chine disposent d’une école de massage et les manœuvres manuelles de même que l’acupuncture et la moxibustion sont rattachées aux centres hospitaliers, surtout en traumatologie. De nombreux ouvrages sur le massage sont publiés.

L’école de médecine de An- Hui dispose d’un laboratoire de recherche qui étudie la transmission des sensations et les effets dans les méridiens. C’est les premiers effets de la reconnaissance scientifique par la communauté scientifique.

Toutes ces données  scientifiques commencent à s’exporter et font la curiosité des occidentaux, nous sommes alors dans les années 80, en France quelques pionniers s’aventurent dans cette approche et publient quelques traductions, assorties d’explications plus ou moins compréhensibles !

C’est à cette époque que je commence, moi aussi à m’intéresser, comme quelques autres curieux à cet enseignement et que je rencontre Gérard Archange, nous ne nous sommes plus quittés jusqu’à ce que lui nous quitte.

Bien sûr d’autres illustres personnes ont participé à la compréhension de cette médecine passionnante et ont apporté un éclairage sur la puissance dialectique de cette approche de la santé. Ils sont nombreux et compétents, médecins ou non, certains apprennent le Chinois pour aller plus loin dans la compréhension fine des textes canoniques, et favorisent un grand intérêt pour cette médecine traditionnelle.

Le très illustre Père Larre traduit et commente les textes les plus anciens, nous apportant une compréhension formidable et une humilité non moins extraordinaire!

À nous et à vous de continuer.

Guy Kalfa

 

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